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Esperanza  à Tanger
 

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Esperanza à Tanger (Cinq premiers chapitres)

Enrique Sancho Bisquerra

Alberto Gómez Font, journaliste, linguiste et correcteur du roman

Maquette finale : Ana Sancho Vives

Photos et vidéos : Enrique Sancho et Manuel R. Chappory

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Vidéos et photographies consultables à l’adresse : www.esperanzaentanger.es/fotos

 

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© Enrique Sancho Bisquerra 2021

 

Préface

[Enrique]

Dans les lignes suivantes, je vais expliquer pourquoi le roman s’intitule « Esperanza à Tanger ».

Esperanza Chappory est décédée à Tanger, à l’âge de 14 ans ; mais elle est toujours parmi nous et dialogue avec son petit-neveu, Enrique. Je suis en train de coucher sur le papier non seulement les mémoires de Tangérois, mais aussi leurs opinions sur ce qu’Esperanza a vu et continue de voir en ces plus de 100 années passées auprès de nous. Le roman se compose de petits chapitres, dans lesquels Esperanza se confie à Enrique et ce dernier (l’auteur du roman) raconte quant à lui des souvenirs de son enfance et de sa jeunesse vécues à Tanger (du haut de mes presque 70 ans, je continue d’être un enfant).

Le nom que je mets entre crochets […] est celui de la personne qui prend la parole. Esperanza intervient toujours en premier et raconte le début de chaque chapitre, quant à moi, (Enrique), j’interviens à la fin. C’est la raison pour laquelle nous avons parfois de petites discussions ou des divergences d’opinion.

La famille Chappory était Tangéroise (comme ça, avec une majuscule), d’ascendance anglaise. Une famille très fortunée, qui finira désargentée, voire ruinée. La grande résidence Villa Eugenia, avec ses plus de 30.000 mètres de jardins, a été supplantée par trois immeubles hideux, malgré qu’ils conservent la magnifique vue sur le détroit de Gibraltar.

 

[Esperanza]

Enrique, merci pour cette introduction, qui me rappelle mes plus de 100 ans sous ces latitudes, où j’ai vu pratiquement tout ce que l’être humain a de bon et de mauvais ; pouvoir communiquer avec toi me permet de me rappeler, mais aussi de sentir, que je suis encore ici, que je vois toute la famille, les amis et les amis des amis. Une liste interminable. Mais je sais que je ne peux pas voir l’avenir, ni même l’imaginer car, il y a quelqu’un ou quelque chose qui m’en empêche.

Hier, je t’ai vu dans la maison du fils de ma sœur Eugenia ; il semble déjà bien âgé, mais c’est tout à fait normal à ses 92 ans accomplis. Il t’a raconté les voyages qu’ils ont faits à travers l’Europe des années trente, toujours à bord de luxueux bateaux magnifiques. Je te demanderais donc de mettre des photos de l’un de ces bateaux et de faire des recherches dans le carnet de voyage que tenait mon beau-frère Emiliano R. Marchena, puisque je sais que tu gardes une copie de ces carnets.

Tu me dis que tu vas bientôt terminer le roman et qu’il sera publié comme un livre classique, un livre papier, et que, comme tous les lecteurs ont un téléphone portable, ils auront aussi la possibilité de découvrir les vidéos, les photos et les sons que le papier ne peut pas reproduire. Je ne comprends pas très bien comment cela va fonctionner ; tu me parles d’un code « QR » qui permettra d’accéder à toutes les images, à toutes les vidéos et à tous les sons. J’attends avec impatience de découvrir le livre et ce mariage avec les nouvelles technologies.

 

 

Chapitre 1er

[Esperanza]

Je m’appelle Esperanza Chappory et je suis la petite-fille d’Aníbal Rinaldi, décédé en 1923, à l’âge de 94 ans. Il avait été le traducteur d’O'donnell durant la guerre d’Afrique et c’est aussi lui qui a été le premier à faire venir le peintre Mariano Bertuchi à Tanger ; il est tombé éperdument amoureux du Maroc et a peint cette lumière unique propre à Tanger et Tétouan.

Je raconte mes rencontres, ma vie et mes rêves avec nombre des personnages qui vécurent à Tanger et en firent une ville de liberté dans un monde en guerre.

[Enrique]

Comme je l’écris dans la préface, chaque semaine, que ce soit par courrier ou de vive voix, je reçois les récits de ma grand-tante Esperanza, je les rédige sous la forme d’un journal très romancé, mais tous les personnages sont réels. Elle me raconte plusieurs fois que Mariano Bertuchi a été son grand amour platonique. Je ne le mets pas en doute, mais je ne la crois pas. Chaque chapitre est indépendant, sans fil conducteur, et extrêmement court, afin que la lecture reste agréable et ne lasse pas.

 

CHAPITRE 2

[Esperanza]

Je ne peux songer à continuer ces lettres sans décrire l’endroit où je suis née, où j’ai vécu mes premières et mes dernières années et où je retrouve, chaque jour, chaque semaine, mon amour ; cet amour que je n’ai jamais pu effleurer mais qu’aujourd’hui, je caresse, je touche et, surtout, je ressens ;

Je parle évidemment de la Villa Eugenia.

Les détails relatifs aux mètres carrés et aux mètres construits sont repris dans les informations destinées à sa mise en vente, chose impossible pour les raisons que j’expliquerai plus loin.

L’entrée se fait par le versant Sud, c’est-à-dire par la rue Marco Polo, même si, dans l’actualité, l’entrée se trouve désormais sur le Boulevard Mohamed V, à l’angle de l’hôtel Rembrandt. La porte de service est devenue la voie d’accès principale ; la cuisine, puis une sorte de vestibule ; à gauche, les escaliers ; en face, le bureau ; et à droite, un lieu impressionnant : le salon/salle à manger, avec une radio Phillips qui était toujours branchée sur l’une ou l’autre station.

J’aimerais lire, d’une façon peut-être poétique, comment Enrique décrit le jardin et, surtout, la pergola, indélébiles et inaltérables dans ma mémoire.

 

[Enrique]

La pergola

Sens-tu le parfum des roses et des œillets ? Entends-tu le silence des feuillages ? Si tu réponds par la négative, c’est que tu n’as jamais mis les pieds dans la pergola de la Villa Eugenia. Quatre marches que nous ne pûmes enjamber qu’une fois que nous crûmes que nous étions déjà bien grands ; un banc en fer, fait de fer, c’est-à-dire juste pour le plaisir des yeux et non pour s’y asseoir, passage obligatoire pour aller à la balançoire, passage obligatoire pour aller sous les eucalyptus et, surtout, passage obligatoire pour jouer à cache-cache. Des roses qui ne te dénonçaient pas, des feuilles qui couvraient les battements de ton cœur. Jadis, c’étaient les battements de ton cœur qui te trahissaient, aujourd’hui, c’est le silence de ton cœur qui nous trahit. Commences-tu à sentir le parfum des roses et des œillets ?

 

[Esperanza]

Dans les chapitres qui suivent, je décrirai par le menu la villa et ses jardins. Mais j’aimerais tout d’abord faire un petit récapitulatif des personnes que j’ai connues durant ces plus de cent ans. Je vais certainement oublier – peut-être délibérément – certains noms, mais ils sont nombreux, très nombreux, ceux qui apparaîtront petit à petit dans ma vie et dans les vies d’un Tanger vivant, qui ne veut ni mourir, ni changer. Je me souviens du docteur Sirvent et du docteur López Arriba, de leurs enfants, de leurs voisins, des familles Inza, Cerdeira, Alcaine, Petri, Garibaldi, de Marta Ruspoli, d’Anselmo Ravella Ribbi, de la famille Beneditti, de la famille Messina, de la famille Toledano Laredo, de la famille d’Elisa Chimenti,… et tant d’autres personnes que j’aurais besoin d’un livre – de ce livre – pour raconter mes anecdotes.

 

CHAPITRE 3

[Esperanza]

Nous sommes en l’an 1957, je suis en train de marcher très lentement en direction de la mer. Je descends la Cuesta de la playa, et lorsque je dis « cuesta » (colline), je ne parle pas seulement du nom de la rue ; les collines de Tanger sont des montagnes qu’il faut escalader, des montagnes remplies d’escaliers interminables. J’arrive enfin à l’avenue d’Espagne, mais je ne parviens pas à choisir un balnéaire précis. Du coup, je décide de les visiter un à un (Miramar, Neptuno, Coco beach, Tres carabelas, Coup de reoulis, Recreativo, Yach club). J’entre dans le balnéaire des Hôtels associés, dont l’un des fondateurs était l’hôtel Cecil, qui appartenait à ma famille. Mais ne nous égarons pas : je vais vous raconter ce que j’ai vu à la plage et qui j’y ai croisé.

Abdellah me propose une cabine et, bien entendu, un parasol, qu’il plante littéralement tout près de la mer. Les cris des enfants sont assourdissants, mais très agréables. Quelques mètres au large, je vois le radeau rempli de baigneurs intrépides qui se jettent, tête la première, des deux trampolines ; aujourd’hui, il n’y a pas de vent d’Est et, du coup, le sable très fin ne pique pas aux jambes ; les jours de vent d’Est, les grains de sable provoquent une douleur comparable à celle que provoqueraient des milliers d’aiguilles venant s’enfoncer dans la peau. En plus d’être très fin, le sable est d’un blanc éblouissant. 

Tout près de mon parasol, il y a Barbarita, la filleule de Barbara Hutton, dont j’ai fait la connaissance lorsqu’elle était venue accompagnée – je crois – de son troisième mari, Cary Grant, qui ne m’a d’ailleurs pas paru aussi séduisant qu’il n’en avait l’air au cinéma et qui, curieusement, n’avait même pas essayé de flirter avec moi, contrairement au comportement habituel des maris dans ce genre de couples singuliers. Enfin, pensez ce que vous voudrez, mais il n’a même pas essayé de me pincer lorsqu’il m’a fait la bise en partant.

Je m’approche de la terrasse, elle regorge de mamans et j’entends une petite fille qui ne doit pas avoir plus de cinq ans dire à une dame qui accompagne un autre petit garçon : 

—Vous êtes la maman de Quique ? 

—Oui, ma belle, lui répond-elle.

—Dans ce cas, dites-lui de s’abstenir de fréquenter d’autres petites filles, c’est moi sa fiancée. 

Quique, une fois adulte, m’a raconté pas mal de choses de sa vie et, maintenant, j’aimerais réécrire quelques-uns de ces souvenirs ; Je raconterai plus tard ses innombrables entreprises et les projets qu’il a réalisés au cours de sa vie. Il me dit que sa vie se résume à « deux divorces, deux enfants, deux petits-enfants, une Mercedes et une Rolex ».

 

[Enrique]

Je me rappelle tous les jours, de façon indélébile, du parfum et de la texture de la bouée publicitaire de la crème Nivea ; ma bouée de secours lorsque je passais du bord de mer aux pas plus de trente centimètres d’eau de profondeur ; je me souviens des vagues qui venaient m’engloutir et m’emporter jusqu’au radeau, jusqu’au lointain radeau que nous avions l’interdiction d’approcher. Seuls les grands, les très grands, y arrivaient à la nage. Il y avait deux trampolines et une myriade de jeunes filles et de jeunes garçons. Si ma mémoire ne me trompe pas, je n’ai été jusqu’au radeau qu’à trois reprises et je n’ai de souvenir précis que de deux d’entre elles : la première fois, j’y suis allé en nageant la brasse, sans regarder à quelle distance se trouvait la plage. Elle bougeait derrière mon dos et j’observais du coin des yeux comment elle disparaissait puis réapparaissait ; Je suis revenu en nageant les yeux fermés. La deuxième fois, je nageais à toute allure et je ne me suis arrêté que lorsque j’étais sur le point de toucher l’une des cordes qui attachaient le radeau au sable. J’ai plongé la tête pour voir le fond et c’est là que j’ai découvert l’infini. Je ressens encore cette crampe à l’estomac et cette sensation de ne pas voir le bout, de voir et de découvrir l’infini. La troisième fois et les suivantes, j’y suis retourné à la nage, en rêve, dans des cauchemars, où le réveil me sauvait de l’infini, de l’obligation de regarder en dessous, en arrière et par derrière.

 

[Esperanza]

Ma journée à la plage touche à sa fin. Je dois revenir à l’an 1923 parce que j’ai donné rendez-vous à Mariano à l’Hôtel Cecil. M’y rendre en marchant sous les palmiers me procure une sensation de fraîcheur alors qu’il fait chaud, très chaud. Voilà Mariano sur la grande terrasse, avec son chevalet, prêt à me peindre.

 

CHAPITRE 4

[Esperanza]

L’an 1904. Je suis à la maison – pour ne pas dire le manoir – de mon bon ami Perdicaris. Ce n’est pas un bon jour puisqu’il vient d’être enlevé sous mes yeux ; sans violence, puisque la privation de liberté s’est faite sans recours à la force brute. Je m’explique : les ravisseurs – des bandits, d’après les autorités – l’ont traité avec une extrême délicatesse. D’ailleurs, à moi, ils m’ont demandé pardon de l’emmener et de me laisser plantée là, avec le déjeuner à moitié entamé. 

La police m’a demandé si je les connaissais, question qui n’avait aucun sens, puisque je connaissais évidemment Ahmed al-Raisuli : ma famille lui louait une habitation dans ce que nous appelions les « casas de los pobres » (maisons des pauvres) ; il ne l’occupait pas lui-même, mais l’utilisait pour héberger des personnes dans le besoin. L’autre grande question que la police m’a posée était si Mariano était au courant de la « séquestration » et si je pouvais le localiser ; ce qu’il m’était extrêmement facile de faire, étant donné qu’il était à Gibraltar où, comme tout le monde le sait, il est impossible de se cacher. Bien entendu, Mariano n’avait rien à voir avec ce bandit. Lorsque Ahmed al-Raisuli reçut la rançon, il libéra Perdicaris et l’histoire eût une fin curieuse : ils devinrent amis (c’est ce que j’appellerais le « syndrome de Tanger », bien antérieur au célèbre « syndrome de Stockholm »).

Je fais un saut jusqu’en l’an 1955. Je suis installée dans le salon de thé « Madame Porte », avec le grave problème d’avoir à choisir entre commander un ou deux gâteaux, la question de la boisson étant accessoire et, de surcroît, tranchée d’avance. J’ai opté pour le plus simple et j’ai commandé un éclair. Je l’ai prononcé tellement bien que je me suis sentie un peu française. À Tanger, être espagnol, français, italien ou anglais ne vous identifiait pas à votre pays d’origine puisque nous étions tous TANGEROIS. Comme ça, en majuscules.

Sortir de Madame Porte et faire un tour sur le boulevard Pasteur, c’est entrer dans un monde international. Les boutiques et leurs devantures sont incroyables et toujours ouvertes, en fonction de la confession du propriétaire : les vendredis, les magasins des musulmans sont fermés, les samedis, ceux des juifs et les dimanches, ceux des chrétiens. Il fallait donc tenir compte du jour de la semaine pour aller faire les boutiques. J’entre dans Kent pour acheter je-ne-sais-quoi, parce qu’il est obligatoire d’y entrer, de regarder et de ressortir avec une gourmandise, du type réglisse, chocolat, biscuits, etc. Il y a plus de banques que dans n’importe quelle ville européenne. Je veux dire des banques où l’on peut échanger des devises, faire des virements ou simplement mettre à l’abri ses économies. 

Je fais demi-tour et je me dirige vers la Villa Eugenia. Bien entendu, personne ne me voit et, bien entendu, moi je les vois. Je parle de mes petits-neveux qui viennent de se réveiller de leur sieste et qui se préparent pour le goûter. Aujourd’hui, on a apporté des gâteaux et des brioches de La Española. J’en prendrais bien un, ces gâteaux étant similaires à ceux de Madame Porte. 

[Enrique]

Titán. Grue immense. Plus grande que les bateaux et immobile : pas comme eux qui vont et viennent. Elle attendait toujours que je monte au sommet de la tour pour se montrer. Elle, toujours lointaine. D’ailleurs, quand j’arrivais d’Algésiras à bord du traversier, ils devaient la dissimuler pour que je ne la voie pas, peut-être pour que je ne remarque pas à quel point elle était âgée, oxydée ; ils étaient toujours très attentionnés à mon égard, veillant à ce que je ne voie pas la réalité, de crainte que je ne devienne comme eux si je la découvrais : réels et oxydés.

 

 

CHAPITRE 5

[Esperanza]

L’an 1966. J’adore m’installer à la table de la salle à manger et écouter ma sœur Eugenia raconter les petites nouvelles de journées qui se répètent mais qui restent captivantes ; puisque rien de mal ne se passe et rien de mal ne peut se passer. Les jours d’été sont paisibles : aller à la plage, faire un tour à bord de la voiture que conduit – pas très bien, mais de façon sûre – notre chauffeur Luis (« El Gordo »). C’est également lui qui est chargé d’aller au souk et de ramener ce qui est inscrit sur le bout de papier que ma sœur lui laisse chaque soir sur la table de la cuisine. Les prix sont en francs mais on peut compter en pesetas ou en toute autre monnaie qui peut s’échanger habituellement chez l’un des nombreux agents de change que l’on trouve en plein milieu de la rue, assis derrière leur petite table et à côté de leur tableau reprenant les taux de change des différentes devises et qui, étrangement, ne se font jamais voler ou cambrioler.

Aujourd’hui, elle écrit et raconte dans son journal qu’il y a une nouvelle petite fille, Pili, très sympathique, qui assiste au goûter. C’est la fille d’Eduardo Haro Tecglen, directeur du journal España, et la sœur de celui qui deviendra, des années plus tard, le grand poète et écrivain Eduardo Haro Ibars.

« Aujourd’hui, j’ai été avec ma sœur à la boutique Carrión pour acheter quelques dragées au chocolat ; nous sommes allées à Galerías Preciados pour regarder des robes et des habits et mes neveux sont allés acheter des appâts parce qu’ils vont aller pêcher au fleuve Tahaddart ».

L’an 2018. Je suis en train de préparer mon premier voyage à Israël et je réfléchis à quelle année choisir : voyager au présent, c’est-à-dire, à l’année actuelle, avec tous ces progrès technologiques, ou à 1948, lorsqu’il n’y avait que des déserts, de grands rêves et plus d’un cauchemar. Je prendrai ma décision dans les prochains jours et je voyagerai très certainement dans ces deux années, je verrai bien. À propos. Je me refuse de parler de tout ce qui a trait à la politique, même si je sais que tout, absolument tout, est marqué par la politique et les hommes politiques.

[Enrique]

Jamais, je crois que je ne me suis jamais levé la nuit et je n’ai évidemment jamais descendu les escaliers, ni vu comment étaient – de nuit – la salle à manger, le hall d’entrée et encore moins le jardin. Lorsque je dis « je crois », c’est parce que je suis pratiquement sûr qu’une fois, je me suis levé pour aller à la salle de bain et j’ai failli – je dis bien failli – tourner à droite, au lieu de tourner à gauche. A droite, il y avait les escaliers, juste en face de l’horloge murale. Je ne sais pas ce que je redoutais le plus, l’obscurité ou le tic-tac de l’horloge. Finalement, je n’ai pas été à la salle de bain et je n’ai jamais cessé de craindre l’obscurité et le tic-tac de l’horloge. J’aime bien monter les escaliers, mais je n’aime pas les descendre.

 

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